UNE JOURNÉE AU PAYS DE LA MOTONEIGE

Il a beau y avoir plus de 185 000 motoneiges immatriculées au Québec, ses adeptes semblent parfois évoluer dans un univers méconnu des habitants des grands centres. Pourtant, ce loisir est à la portée de tous. Nous en avons fait l’expérience en passant quelques heures au Pays de la motoneige, appellation hivernale des régions de la Mauricie et de Lanaudière, là où l’hiver est encore roi.

TEXTE : PIERRE-MARC DURIVAGE, PHOTOS : OLIVIER PONTBRIAND
LA PRESSE

DÉCOUVERTE

La pourvoirie Coin Lavigne, à Saint-Côme, est l’un des nombreux endroits de la région qui offrent la location de motoneiges et de l’équipement de randonnée. Il est possible de partir quatre heures, une journée entière ou pendant deux jours, au choix. « Le forfait le plus populaire est celui d’une journée, et notre clientèle est constituée à 80 % de Québécois, explique Sylvain Turenne, propriétaire de la pourvoirie située à mi-chemin entre Saint-Donat et Saint-Michel-des-Saints, à un jet de pierre de l’entrée L’Assomption du parc national du Mont-Tremblant. Les gens qui viennent deux jours profitent généralement de leur première sortie pour aller vers Saint-Michel-des-Saints, où l’on trouve de nombreux relais et auberges en chemin. Pour la seconde journée, on leur suggère d’aller du côté de Saint-Donat ; la randonnée est plus exigeante, mais les vues y sont plus spectaculaires. »

LE PAYS DE LA MOTONEIGE

Avec ou sans guide, on peut compter sur les cartes de la région de même que sur le site web, régulièrement mis à jour. Vaut mieux d’ailleurs s’y fier parce que les indications en sentier sont parfois approximatives. Notre chemin nous mène au-delà de Saint-Donat, direction la montagne Noire. On suit le sentier national 33, qui fait partie d’un réseau régional de 4800 km qui s’étend de Terrebonne à Sainte-Anne-de-la-Pérade en passant par La Tuque et Parent, en Haute-Matawinie. « On veut faire de notre région une destination motoneige, mais aussi en faire un point de départ pour les randonnées au Québec, indique Marc-Olivier Guilbault, coordonnateur marketing de Tourisme Lanaudière. On ne garde pas ces gens-là captifs, on veut donc leur offrir des forfaits qui sont adaptés à leurs besoins. »

LA MONTAGNE NOIRE

Gravir les escaliers du belvédère aménagé au sommet de la montagne Noire nous place à plus de 900 m d’altitude. De là, on aperçoit à l’ouest le mont Tremblant et à l’est les lacs Archambault et Ouareau, avec le village de Saint-Donat blotti entre les deux. Un peu plus loin, on croise Jennifer et Adam Spencer, d’Asheville, en Caroline du Nord, qui font manger des mésangeais au creux de leurs mains. « La motoneige faisait partie des choses que je voulais faire au moins une fois dans ma vie, affirme Adam, tout sourire. Comme on est de grands amateurs de moto, on est habitués à la conduite de machines semblables. Cela dit, s’il y a souvent de la neige dans les montagnes près de chez nous, ce n’est absolument pas comme ici, avec toute cette blancheur immaculée. C’est vraiment génial. »

LA NATURE AU BOUT DU GUIDON

Rencontré au sommet du belvédère, Réal Savard admire le paysage forestier, qui scintille sous les rayons du soleil. « Quand il y a du verglas, je monte aussitôt ici pour contempler les arbres recouverts de glace. C’est vraiment beau, on dirait qu’on est sur une autre planète », s’exclame le sexagénaire. Originaires de Laval, M. Savard et sa conjointe se sont établis à Saint-Donat en permanence il y a quelques années. « On voulait vraiment retrouver la nature, affirme-t-il pendant qu’il se prépare à enfourcher sa motoneige. On roule quelques fois par mois, surtout pour admirer les beaux paysages hivernaux. Une fois par année, on part en randonnée d’une semaine. »

RELAIS ET AUBERGES

« Le Québec est réputé pour la qualité de ses sentiers, en plus de compter sur une offre de services qui est facilement accessible des sentiers, affirme Marc-Olivier Guilbault, qui est responsable du site du Pays de la motoneige. Ailleurs, il n’y a pas d’hôtels et de restaurants en bordure des sentiers, ça explique en partie pourquoi on voit de plus en plus d’Américains et d’Ontariens qui viennent chez nous en randonnée. » Voilà qui pourrait aider à maintenir un loisir touristique qui a atteint sa maturité. « Mais à moyen ou à long terme, j’ai bien peur que la popularité de la motoneige ne diminue, s’inquiète Sylvain Turenne, de la pourvoirie Coin Lavigne. C’est un loisir coûteux qui est surtout populaire auprès des baby-boomers. »